Pratique matricielle du projet - Revue de l'ENSA-M
Séminaire

Pratique matricielle du projet

Du Collectif Etc aux « collectifs d’architectes » :
une pratique matricielle du projet pour une implication citoyenne.

Florent Chiappero, thèse de doctorat en architecture

Soutenue le 27.11.2017

Directeur de thèse : Stéphane Hanrot
Co-directeur de thèse :
René Borruey
Laboratoire Project[s] – ENSA•Marseille
École doctorale ED 355 « Espaces, Cultures et Sociétés »

Résumé :

Depuis quelques années, les « collectifs d’architectes » occupent une part non négligeable de l’espace médiatique. Qui sont-ils et que font-ils ? Nous avons ici tenté de répondre. Une recherche se fondant sur des opportunités, pour moi, ce fut d’être co-fondateur en 2009 de l’un de ces groupes, le Collectif Etc. J’en suis depuis l’un de ses principaux animateurs, et toute cette recherche a alors pris appui sur ce groupe.

            Dans une première partie de cette thèse, et à partir de ce groupe, nous avons mis en avant l’existence d’un réseau de praticiens, les « collectifs d’architectes », dont l’étude d’un corpus restreint nous a permis d’en donner trois caractéristiques : ce sont des groupes, comprenant majoritairement des architectes, dont l’objectif est de favoriser l’implication citoyenne dans les processus de transformation de la ville. Pour ce faire, ils pratiquent la résidence, l’auto-construction et fabriquent des architectures éphémères.

            Notre objet d’étude défini, nous avons formé l’hypothèse que ces groupes développeraient un modèle original de pratique du projet, enrichissant la taxonomie de Jean-Pierre Boutinet, et reposant sur la construction de matrices. Pour cela, nous sommes partis de plusieurs actions menées par le Collectif Etc, pour définir trois matrices successives et que nous avons appelées mythogénique, constructive, et politique. Pour chacune d’elles, une recherche historico-théorique nous a permis d’en former des définitions plus complètes, caractérisant une pratique matricielle du projet. La confrontation de cet idéal-type à l’ensemble des projets du Collectif Etc, puis à des actions menées par les membres de notre corpus restreint de « collectifs d’architectes » nous a permis de confirmer la pertinence de ce modèle, même si la concomitance de ces trois matrices ne se trouve qu’être exceptionnelle, soulevant ainsi les limites des projets réalisés par ces groupes. Toutefois, si ce modèle a été construit sur la base de la pratique de ces groupes particuliers, nous pensons qu’il pourrait se révéler pertinent à l’ensemble des praticiens souhaitant impliquer divers acteurs dans les processus de fabrique de la ville.

 

« Des matrices comme méthode de projet »

 

Depuis quelques années, les « collectifs d’architectes » occupent une part non négligeable de l’espace médiatique. Mais le manque de travaux réflexifs ou théoriques, fondés sur une investigation scientifique, pourrait nous laisser croire que nous assistons là à une nouvelle lubie de jeunes architectes en quête de reconnaissance. Savons-nous même qui sont-ils et ce qu’ils font ? Telles sont les deux principales questions auxquelles nous avons ici tenté de répondre. Une recherche se fondant sur des opportunités, pour moi, ce fut d’être co-fondateur en 2009 de l’un de ces groupes, le Collectif Etc. J’en suis depuis l’un de ses principaux animateurs, et toute cette recherche a alors pris appui sur ce groupe.

Dans une première partie de cette thèse, et à partir de ce groupe, nous avons mis en avant l’existence d’un réseau de praticiens, se connaissant et se reconnaissant sous le vocable de « collectifs d’architectes ». Puis, par l’étude d’un corpus restreint, nous avons identifié trois caractéristiques de la pratique de ces groupes, nous amenant à construire une définition de ce que l’on peut qualifier aujourd’hui de « collectifs d’architectes » : des groupes, comprenant majoritairement des diplômés en architecture, dont l’objectif est de favoriser l’implication citoyenne dans les processus de transformation de la ville, dans le but de créer des situations autogérées. Leurs modalités d’intervention correspondent à la réunion de la pratique de la résidence, de l’usage de l’auto-construction et de la production d’architectures éphémères.

Notre objet d’étude défini, nous avons formé l’hypothèse que ces groupes développeraient un modèle original de pratique du projet, reposant sur la construction de matrices favorisant l’implication de multiples acteurs tout au long du processus du projet. Pour cela, nous sommes partis de l’analyse de plusieurs actions réalisées ces dernières années par le Collectif Etc, nous permettant de définir trois matrices successives et que nous avons appelées mythogénique, constructive, et politique. Pour chacune d’elles, une recherche historico-théorique nous a permis d’en former des définitions plus complètes, caractérisant une pratique matricielle du projet, favorisant l’implication citoyenne. La confrontation de cet idéal-type à l’ensemble des projets du Collectif Etc, puis à des actions menées par les membres de notre corpus restreint de « collectifs d’architectes » nous a permis de confirmer la pertinence de ce modèle, même si la concomitance de ces trois matrices ne se trouve qu’être exceptionnelle, soulevant ainsi les limites des projets réalisés par ces groupes. Toutefois, si ce modèle a été construit sur la base de la pratique de ces groupes particuliers, nous pensons qu’il pourrait se révéler pertinent à l’ensemble des praticiens souhaitant impliquer divers acteurs dans les processus de fabrique de la ville.

 

Cette thèse a été portée par une double ambition : la première a été de donner les caractéristiques d’une pratique émergente du métier d’architecte, en donnant les contours d’une famille de praticiens reconnus sous le vocable de « collectifs d’architectes » ; la seconde a été de proposer un modèle original de pratique du projet, venant étoffer les théories du projet de Jean-Pierre Boutinet et s’appuyant sur la conception de matrices, permettant à tout concepteur d’impliquer de multiples acteurs tout au long du processus de conception.

Cette recherche est partie de deux constats liés, l’un sociétal, l’autre sectoriel. Tout d’abord, la situation de crise généralisée, qu’elle soit politique, écologique, économique ou sociale, laisse apparaître, dans de multiples champs de la vie quotidienne, de nouveaux modes de faire, basés sur un rapport nouveau entre producteurs et consommateurs ou usagers. Le développement de monnaies locales et de la finance solidaire, l’explosion des AMAP pour une agriculture locale, l’invention du community land trust pour la maîtrise foncière, la création de coopératives productrices d’énergie renouvelable pour une alternative au tout-nucléaire, sont autant d’exemples qui laissent à penser qu’une nouvelle époque est en train de s’ouvrir. Partout des alternatives au monde libéral se développent, et tissent des formes nouvelles de coopérations entre les gens, et particulièrement entre les experts et les « habitants ». Dans cette même dynamique, les métiers de la conception spatiale et territoriale tendent aussi à se réinventer : nous serions à nouveau dans un moment participationniste élevé, où des groupes d’architectes, de paysagistes, d’urbanistes, de sociologues ou de designers s’organisent pour expérimenter l’ouverture des processus de conception, et tentent de penser la fabrique de la ville en mobilisant fortement l’idée de maitrise d’usage.

Si cette recherche a tenté de contribuer à cette dynamique collective, elle prend aussi racine dans une opportunité : celle d’être membre fondateur de l’un de ces groupes, le Collectif Etc. C’est en effet en 2009, avec une dizaine de camarades de promotion et alors que nous étions encore étudiants architectes à l’Institut National des Sciences Appliquées (INSA) de Strasbourg, que nous avons mené nos premières actions collectives. J’en suis depuis l’un de ses animateurs permanents. C’est donc à partir et à travers ce groupe que j’ai mené mon travail de recherche au sein du laboratoire Project[s] de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Marseille (ENSAM). D’abord dans le cadre d’un Master Recherche, soutenu en 2012 sous la direction de Stéphane Hanrot[1], puis par le biais de cette recherche doctorale, à laquelle René Borruey[2] s’est associé en tant que co-directeur.

La posture méthodologique adoptée a alors nécessité d’être clairement définie. Son originalité tient de ma double posture, cette de praticien et celle de chercheur. Et comment étudier la pratique en construction d’un groupe auquel on appartient, au sein d’un mouvement lui aussi en construction ? Mon travail de recherche ayant débuté quasiment en même temps que ma pratique professionnelle, il s’est agi d’une part d’une méthode de recherche empirique, menée au cours de projets réalisés par le Collectif Etc et auxquels j’ai pris part en tant qu’acteur du groupe. La tenue d’un journal de bord personnel commentant les actions en cours, ainsi que les multiples entretiens formels et échanges informels avec les membres du Collectif Etc et mon entourage professionnel, sont autant d’éléments venant compléter mon travail de synthétisation académique mené en parallèle de mon activité d’acteur. D’autre part, il s’est agi d’une méthode de recherche hypothético-déductive, menée en tant qu’apprenti-chercheur, principalement par l’analyse a posteriori d’un certain nombre de projets du Collectif Etc, mais aussi par rapport à des projets réalisés par les membres de notre corpus de « collectifs d’architectes ». Mais alors que la première forme de méthode repose sur des projets à la réalisation desquels j’ai directement participé, celle-ci s’appuie sur un corpus plus large de projets réalisés par le Collectif Etc et par des groupes de notre corpus, et auxquels je n’ai pas forcément pris part.

Ces deux méthodes ont été menées « de front », suivant une alternance de ménagement de temps variable. Mais nous situons surtout notre travail à l’intersection de trois grands types de recherche, nous positionnant en fonction d’où nous regardons : la recherche-action quant au travail mené au sein du Collectif Etc (le moi au sein du groupe), l’observation participante dans mon positionnement vis-à-vis du groupe (le moi par rapport au groupe), et une pratique réflexive quant à ma posture personnelle (le moi par rapport à la pratique). Chacune de ces postures correspond à des « moments » particuliers, passant de l’une à l’autre au cours du temps, s’entremêlant dans une certaine forme de complexité et convoquant des auteurs variés et propres à chacune d’elles.

 

Pour mener ce travail de recherche, nous avons posé successivement deux hypothèses : la première a été qu’il y aurait des caractéristiques de pratiques communes chez ces groupes de praticiens que l’on nomme les « collectifs d’architectes ». Cela confirmerait l’émergence d’un mouvement, non pas issu d’une génération spontanée de groupes isolés mais bien constitutifs d’un réseau actif de praticiens se connaissant et se reconnaissant. La seconde hypothèse a été que ces « collectifs d’architectes », en reposant les conditions d’exercice de leur métier, développeraient une pratique originale du projet, s’appuyant sur l’implication des citoyens tout au long du processus de transformation de la ville. Cette thèse est donc organisée en deux parties, prenant comme point de départ le Collectif Etc, et s’élargissant au fur et à mesure du travail.

 

Dans une première partie, nous avons pris comme point de départ l’expérience du Détour de France du Collectif Etc, voyage initiatique d’une année à travers la France, à douze et à vélo, pour aller à la rencontre de praticiens ayant fait un pas de côté par rapport à une pratique « conventionnelle » du métier de concepteur. Une série d’entretiens semi-directifs nous a permis de mettre en évidence l’existence d’un réseau de praticiens se reconnaissant comme appartenant à un même mouvement, celui des « collectifs » intervenant dans et sur la ville. Ayant émergé il y a une vingtaine d’années pour les plus anciens d’entre eux, trois vagues se sont succédées jusqu’à une explosion du nombre de personnes se déclarant aujourd’hui comme étant un « collectif ». Parmi ceux-là, les « collectifs d’architectes » ont particulièrement su attirer l’attention des institutions, de la presse spécialisée et des milieux académiques, tandis que les contours de leur pratique sont restés flous et rarement approfondis.

 

Afin d’en saisir ses caractéristiques, nous sommes à nouveau partis du Collectif Etc et nous avons construit, par l’étude de différents canaux, un corpus d’acteurs à plusieurs niveaux : tout d’abord les structures ayant le plus d’affinité avec Collectif Etc, d’après les acteurs eux-mêmes mais aussi d’après les regards extérieurs portés ; un deuxième niveau avec les structures ayant des liens plus occasionnels avec le groupe ; un troisième cercle de groupes proches, contenant des architectes, mais non français mais donc plus à valeur indicative car relevant de contextes culturels et  politiques différents.
L’étude approfondie des membres du premier cercle de ce corpus nous a permis de mettre en avant qu’ils ont pour objectif partagé de favoriser l’implication citoyenne tout au long du processus de projet dans le but de fabriquer des situations d’autogestion. En outre, nous avons relevé l’existence de trois caractéristiques propres aux « collectifs d’architectes » :

 

  • En détournant la notion de la résidence, se transformant en permanence architecturale, qui tend à rétablir de réelles porosités entre experts et habitants ou usagers. L’architecte devenant lui-même habitant, il arrive ainsi à réconcilier la forme et l’usage, tout en ouvrant le champ à de nouveaux espaces de dialogue, de débat et de prise de décision.
  • En pratiquant l’auto-construction, liée aux notions de Do-It-Yourself, de bricolage et d’adhocisme, laissant entendre un changement de regard sur la production de notre environnement. L’architecte s’attache à faire avec ce qui est là, à composer avec l’existant, à mettre en synergie de multiples disponibilités, qu’il s’agisse de personnes, de temps, d’espaces ou de matériaux. Les dynamiques engagées permettent alors de travailler sur un réagencement des formes et des compétences, favorisant une réappropriation des outils de production même de la ville.
  • En construisant des espaces ou architectures éphémères induisant un rapport dynamique au temps de la ville. Des champs d’expérimentation s’ouvrent : celui d’espaces, même, capables de produire des formes porteuses d’imaginaire et en dehors de toute convention de style, mais aussi des dynamiques sociales et politiques que la multiplication de temps festifs et conviviaux permet de susciter. Cela s’inscrit notamment dans une acceptation du droit à l’erreur, celui de faire et défaire, de laisser apparaître une vision mouvante de la ville dont la multiplication des moments de rencontres sont des prétextes à des échanges collectifs

 

Nous avons alors pu donner la définition suivante, fondant notre corpus de référence : un « collectif d’architectes » est un groupe d’individus composé d’au minimum un architecte, dont l’objectif est de favoriser l’implication citoyenne dans les processus de transformation du cadre de vie dans le but de créer des situations autogérées. Ses modalités d’intervention correspondent à la réunion de trois caractéristiques : la pratique de la résidence, l’usage de l’auto-construction et la production d’architectures éphémères.

 

Dans une seconde partie, nous avons commencé par explorer la notion de « projet », dont les sources et définitions sont nombreuses. Mais c’est principalement sur les travaux de Jean-Pierre Boutinet que nous nous sommes concentrés. En confrontant ses théories à la pratique des membres de notre corpus de « collectifs d’architectes » observée en première partie, nous avons mis en évidence l’existence de trois types de projets, menés simultanément par ces groupes, et identifiés d’après la taxonomie que cet auteur développe : le projet d’événement, le projet architectural et le projet de société. Notre hypothèse étant que ces « collectifs d’architectes » pensent le projet d’une manière originale, nous avons proposé le terme de « pratique matricielle » pour rendre compte de l’objectif recherché : ensemble de règles permettant dans un espace et un moment donné, de mettre en mouvement différents acteurs du projet, dans le but de faire émerger ou d’engendrer un objet commun. Cette idée de matrice ayant dû être définie précisément, nous en avons donné trois caractéristiques génériques mais propres aux « collectifs d’architectes » :

  • Tout d’abord, une matrice doit s’attacher à la valeur d’usage, en mobilisant les savoirs citoyens à travers la prise en compte d’une réelle maitrise d’usage et en dépassant les limites posées par les savoir absents.
  • Ensuite, une matrice est à construire comme un outil appropriable: elle doit être conviviale, simple, non-violente, sobre, en lien avec un contexte social et culturel donné, juste et adaptable.
  • Enfin, une matrice inclut une pensée du mouvement, dans un contexte dynamique et complexe, favorisant des cadres mouvants d’action par une lecture incrémentale et lamarckienne de l’évolution de l’espace.

Puis un rapprochement avec les trois types de projets nous a permis d’étoffer notre hypothèse de pratique en nous faisant dire que ces « collectifs d’architectes » travailleraient précisément à la réalisation de trois matrices complémentaires : une matrice mythogénique, une matrice constructive, et une matrice politique.

 

Pour chacune de ces trois matrices, nous avons procédé de la même manière : tout abord, nous avons exploré quelques-uns des projets du Collectif Etc réalisés au cours de ces dernières années et pour lesquels j’ai été l’un des principaux contributeurs. Ces rétro-analyses nous ont permis de poser une première définition de ce à quoi pourrait renvoyer chacune de ces trois matrices. Puis, pour étoffer ces définitions, nous avons mené des recherches bibliographiques et historiques explorant des champs d’études variés. Chacune de ces trois matrices renvoie alors à des champs disciplinaires multiples, nous permettant d’aboutir à ces définitions précises :

  • Une matrice mythogénique a pour objectif de provoquer des rendez-vous collectifs prétextes à la transformation de l’espace. Elle correspond à l’écriture d’un récit au fort capital onirique. Son adaptabilité, sa malléabilité et donc son appropriabilité doit permettre de faire la synthèse de l’hétérogène, générant des espaces devenant eux-mêmes supports à de nouveaux récits.

  • Une matrice constructive a pour objectif d’impliquer les différents acteurs du projet dans la construction même de leur environnement. Elle correspond à la conception d’une infrastructure régulière, reproductible, et adaptée à un contexte paysager et culturel. Cette infrastructure doit pouvoir accueillir un ensemble hétérogène d’éléments manipulables, issus d’une production industrielle, artisanale ou vernaculaire.

  • Une matrice politique a pour objectif l’engagement réel d’un processus d’ Elle correspond alors à une construction partagée de pattern, encourageant la création d’hétérotopies. Cet ensemble de situations autonomes et temporaires, autrement appelé contre-dispositifs d’estrangement, en étant pensé suivant les principes d’une fragmentation de la croissance favorisant une structuration organique, procède à une conscientisation individuelle, collective et sociale.

Ces trois matrices correspondraient alors à un idéal-type de pratique du projet. Or il a été construit à partir d’un corpus restreint de projets du Collectif Etc. Il nous alors fallu procéder à rebours, et confronter d’abord ce modèle théorique à l’ensemble des projets du Collectifs Etc, puis à un ensemble de projets de notre corpus de références. Nous avons alors extrait des critères constitutifs de ces matrices qui nous ont permis d’évaluer de manière qualitative cet ensemble de projets, en graduant le niveau de présence de chacune de ses composantes principales suivant leur ordre d’importance. Ce faisant, nous avons pu valider notre hypothèse initiale que ce mouvement de praticiens propose effectivement une pratique originale du projet, que nous appelons matricielle, elle-même basée sur la construction de trois matrices distinctes, dites mythogénique, constructive et politique, et dont la finalité est d’ouvrir les processus de production de la ville à l’ensemble des citoyens.

 

Ce travail de recherche nous a donc permis de construire un modèle de pratique du projet se voulant être le reflet d’une manière de faire d’une nouvelle génération d’architectes appelée les « collectifs d’architectes ». Nous avons là un idéal-type théorique. Si ce modèle peut se révéler être représentatif de la façon dont ces groupes pensent et mènent leur métier d’architecte, nous n’en trouvons que partiellement son application à travers leurs projets pris séparément. C’est toutefois normal, ce modèle ayant été construit a posteriori des projets réalisés, et n’a donc pu leur servir de cadre référentiel de leur pratique du projet. Malgré cela, nous avons pu voir que la concomitance de l’application de ces trois matrices, même inconsciente, permet le développement des projets les plus intéressants, au vu de l’autonomisation des habitants dans la prise en main de leur cadre de vie.

L’objectif de ce modèle n’est pas d’enfermer les pratiques diverses et variées de ces groupes dans une forme de standardisation de leurs modes de faire. Sans vouloir enlever la part de spontanéité nécessaire à toute dynamique de groupe, il peut toutefois fournir un canevas conceptuel à des pratiques intuitives. S’il se veut d’abord être un modèle opératoire, il se propose surtout d’être un modèle critique et réflexif à destination des praticiens, et nous espérons qu’il puisse servir de base de réflexion à la pratique plus générale de la conception architecturale, urbaine et paysagère.

[1] Stéphane Hanrot, Architecte DPLG, Dr, HDR, Professeur TPCAU, ENSA•Marseille.

[2] René Borruey Architecte DPLG, Dr, HDR, Professeur TPCAU, ENSA•Marseille.

Par Florent Chiappero

Share Post :

More Posts