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Focus : Le workshop : une forme de pédagogie coopérative — Retour sur plus de dix ans d’expérience

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Le workshop : une forme de pédagogie coopérative

Retour sur plus de dix ans d’expérience

 

Depuis plus de dix ans, l’ENSA•Marseille s’investit dans le montage de workshops, mettant les étudiants en situation de conception avec les acteurs engagés sur le territoire. L’ensemble de ces initiatives, menées sur un temps long, est significatif de différents modèles de coopération, fondés sur l’articulation de la pédagogie, de la recherche et des réalités vécues. Ces modèles prennent la forme d’ateliers intensifs (aussi appelés workshops), fondés en partenariat avec d’autres institutions, associations ou collectifs d’habitants à l’échelle locale, régionale et parfois internationale. De fait, ces expériences s’inscrivent dans les débats publics concernant la fabrique des territoires et l’architecture du cadre de vie.

 

Ce dossier spécial sur les workshops a été constitué en hommage à Stéphane Hanrot qui, tout au long de sa carrière, n’a eu de cesse d’explorer le champ de la pédagogie par le projet. Dans le cadre de la création du laboratoire PROJECT[s] en 2014, il en avait d’ailleurs fait un axe de recherche à part entière, au travers duquel il a pu expérimenter divers formats, méthodes et partenariats, pour en dégager les apprentissages et ouvrir encore des perspectives pour le corps enseignant, les chercheurs et les étudiants.

 

Ce dossier regroupe un ensemble d’articles, faisant état de l’activité des enseignants de l’école en la matière. Trois expériences initiées par Stéphane Hanrot sont racontées et analysées par ses co-équipiers.

 

  • Julien Monfort (enseignant) raconte la manière dont il s’est réapproprié le modèle du workshop annuel, initialement porté par Stéphane Hanrot. Il en montre les apports pédagogiques et humains, en insistant particulièrement sur les intérêts de la coopération à différentes échelles (entre les étudiants et avec les acteurs locaux) et de l’ouverture internationale qu’il a su mettre en place au fil des années.

 

  • La 5ème édition des journées « De cet endroit » a fait l’objet d’un article après un bilan collectif (Alexandra Biehler pour l’équipe de la journée « de cet endroit »). Centrée sur la question du sol, cette journée a été construite à partir d’un workshop interdisciplinaire, regroupant des étudiants en architecture, en paysage et en écologie. L’auteur relève notamment les formes de partage qui ont émergé durant de temps d’échanges intensif – partage des mots, des méthodes, des modes de représentation, des problématiques – proposant ainsi d’appréhender le mode de projet comme espace de partage entre les disciplines.

 

  • Théo Mouzard (ancien étudiant) revient sur un workshop hors les murs, la Winterschool de Saint-Geniez-Authon. Ici aussi, l’article interroge les coopérations rendues possibles par ce modèle pédagogique spécifique. Théo Mouzard souligne notamment la richesse des coopérations disciplinaires (entre des étudiants en architecture, en paysage et en urbanisme), pédagogiques (avec un chaînage des enseignements) et interculturelles (entre des milieux culturels qui ne se côtoient que rarement).

 

  • Marie Segonne (ancienne étudiante) plonge le lecteur dans le « Laboratoire tactile » qu’elle a mis en place dans une école primaire à Peipin. Elle montre notamment les modalités d’une pédagogie par le projet. L’apprentissage par l’expérience est lisible à deux échelles : pour les enfants qui sont invités à transformer par eux-mêmes leur environnement, mais aussi pour les étudiants qui ont assuré le montage, l’organisation et l’animation du projet de A à Z.

 

D’autres articles suivent, écrits par les enseignants de l’école d’architecture développant également cette forme de pédagogie coopérative.

 

  • L’atelier S7 « Pas d’architecture sans structure » est présenté par les enseignants qui l’ont construit : Kristell Filotico et Jérôme Apack. L’article montre de quelle manière les étudiants se sont engagés dans l’exploration croisée d’un lieu (site de l’IMVT) et de structures originales pour la création d’un pavillon de préfiguration de l’IMVT. Cette expérience montre bien comment les réflexions menées au sein de l’ENSA•M peuvent nourrir et enrichir celles des acteurs du territoire. Réciproquement, les étudiants ont la possibilité d’ancrer leurs réflexions dans le réel.

 

Ce dossier a pour ambition d’être enrichi au fil des mois et des années, de manière à rendre compte de l’ensemble des workshops conduits par les enseignants de l’ENSA•Marseille. Décrire et analyser ces expériences mettra au jour les enseignements qu’elles partagent ou qui leur sont spécifiques et ce, pour chacun des acteurs concernés : étudiants, enseignants, chercheurs, habitants, associations et institutions. Avant d’entrer dans le détail de chacune de ces expériences, nous pouvons d’ores et déjà en souligner les apports positifs, tant pour les étudiants que pour les enseignants, les institutions, les habitants et les associations engagés dans ces processus.

« Les compétences naissantes des étudiants – sur la composition des formes et de l’espace comme sur l’intégration des multiples points de vue et expertises qui opèrent sur ces systèmes complexes et multi-scalaires – trouvent là un terrain d’application riche que l’école ne sait pas naturellement leur offrir en ses murs. En retour des compétences et de la créativité apportées à ces territoires, les étudiants acquièrent de nouveaux savoirs en se confrontant aux expertises habitantes, politiques et techniques. Ils ont ainsi accès à des systèmes d’acteurs dont ils ont été tenus à distance jusque-là dans leur curriculum, et mesurent ainsi la part d’engagement social de l’architecte dans et par le projet.

Après 10 ans d’expérience, nous pouvons dégager aujourd’hui un certain nombre de richesses, tant du point de vue des acteurs locaux que du renouvellement pédagogique :

  • le questionnement de territoires ordinaires par le croisement de différentes disciplines mais aussi d’intervenants étrangers mobilisés à cette occasion, qui apportent un regard vivifiant sur cette banalité, trop souvent subie et peu interrogée.

  • la gratification pour l’étudiant et l’enseignant passant par la reconnaissance de son travail et de son rôle social par des tiers, lors des restitutions mais aussi par la persistance de certaines idées dans le débat public.

  • l’immersion des étudiants et des enseignants dans les territoires habités conduisant à la (re)connaissance de l’habitant, de son mode de vie, de ses attentes et de ses paradoxes,

  • l’activation de la saisine citoyenne par le “faire d’abord“ in situ: l’étudiant fait  un don à l’habitant de ses compétences de concepteur et constructeur, lui rend service par de petites architectures domestiques et publiques qu’il réalise concrètement, lui montre qu’un changement est possible et qu’un projet sur le devenir de son territoire paradoxal n’est pas vain. Et cela marche ! L’habitant s’intéresse à ces actions et embraye sur une réflexion plus large.

  • le décloisonnement des services des collectivités et des établissements publics. Souvent figés dans les découpages administratifs et gestionnaires, ils ne résistent pas longtemps à la dynamique du projet porté par les étudiants et entrent dans le débat. Des prises de conscience s’opèrent sur l’intérêt de penser le territoire par le projet.

  • la mise en acte d’un débat public qui se situe à la croisée des processus descendant vers le peuple, relevant de notre modèle républicain, et de ceux remontant du terrain, relevant de la saisine citoyenne,

  • l’apprentissage de la conception collaborative et du travail en équipe. Pratique de la conception qui, sans se perdre dans une pluridisciplinarité aux contours épistémologiques flous, permet aux étudiants de reconnaître les recouvrements et les spécificités disciplinaires et qui démontre, par là, l’intérêt d’une intelligence collective,

  • l’intérêt de la coopération, sur le modèle Freinet, entre différents enseignements de l’ENSA-M pour élaborer, préparer et animer les ateliers workshops. Ainsi des workshops de master1 sont-ils préparés et encadrés par des étudiants de master 2. Cette pratique coopérative met aussi en jeu des étudiants de master et les élèves d’écoles primaires et secondaires qui bénéficie à la mobilisation des acteurs sociaux des territoires (centres sociaux, écoles primaires et secondaires…) »

Stéphane Hanrot, 2016

 

Chacun des articles qui suivent démontre que le workshop constitue une forme de pédagogie coopérative, entendue comme un ensemble de modes d’apprentissage fondés sur le partage des compétences et le travail conjoint de chacun des acteurs, en vue d’une action commune.

Marion Serre

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Par Marion Serre

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