Terrain

Voyage à Scampia sur le dos d’un mammouth.

…Cette contribution propose de revisiter une expérience vécue par son auteure.

Résumé

L’éducation populaire peut être un levier pour favoriser des démarches véritablement participatives, notamment en terme d’urbanisme. Jeu, imaginaire, créativité, manualité sont des outils fondamentaux qui permettent de faire une expérience subjective et sensible de la réalité, du contexte. Cette contribution propose de revisiter une expérience vécue par son auteure.

Fabriquer la ville, bâtir la communauté: la beauté du travail artisanal

Je suis éducatrice et médiatrice interculturelle. Dans mes expériences, en Italie, en France et en Espagne, je me suis souvent questionnée sur la valorisation et l’utilisation de la ville, ainsi quesur les démarches participatives. J’ai notamment réfléchi aux  espaces communs de la ville – places, rues, jardins, plages, arrêts de bus, gares,…- comme des terrains de rencontres, d’apprentissages et d’expérimentations privilégiés, au-delà, et en complémentarité des cadres formels. Nous cohabitons dans la ville et ses quartiers, en tant que sujets, mais souvent nous y sommes impliqués seulement en tant qu’usagers, ressemblantplus aux personnages d’un rendu architectural, qu’aux êtres complexes que nous sommes.

Nous sommes des êtres complexes à part entière. Nous nous relions entre nous en donnant jour à un maillage qui se fait et se défait de façon continue au sein de l’environnement qui nous entoure.

Quand je parle de complexité, je me réfère au sens latin élémentaire du mot « complexus », « ce qui est tissé ensemble ». Les constituants sont différents, mais il faut voir comme dans une tapisserie, la figure d’ensemble. Le vrai problème (de réforme de pensée) c’est que nous avons trop bien appris à séparer. Il vaut mieux apprendre à relier.

Edgar Morin- La stratégie de reliance pour l’intelligence de la complexité, in Revue Internationale de Systémique, vol 9, N° 2, 1995

Dans la plupart des cas, l’institution préfère ne pas prendre en compte cette complexité en essayant plutôt de la contrôler et/ou de l’apprivoiser.

Sécuritarisme et concertation (déguisée souvent sous le nom de participation) sont les deux côtés d’une même médaille.Séparer est une attitude récurrente et dominante. On sépare d’entre eux les domaines du savoir :

  • l’école du territoire
  • les adultes des enfants
  • les professionnels du public
  • les riches des pauvres

Cependant mélanger est une tendance de plus en plus en vigueur. En ce moment, on entend souvent parler de multidisciplinarité, d’habitat mixte, d’école ouverte, d’instances participatives, de mixité des publics. Mais souvent ces mots sont vidés de leur sens profond et les actions menées restent superficielles et formelles, ce qui ne permet pas à la complexité du réel de s’exprimer véritablement, en donnant jour à des résultats imprévisibles, vraiment nouveaux, difficilement standardisables.

Pour ce qui est de mon expérience, développer des projets sociaux, éducatifs ou même économiques ou d’urbanisme réellement participatifs – en tenant compte de cette complexité – n’est possible qu’à une petite échelle, dans un environnement ciblé, avec des caractéristiques qui lui sont propres, peuplé de personnes elles-mêmes complexes et uniques dans leur complexité.

Je me méfie des méthodes trop figées, des projets tombés du haut ou trop établis à priori.
Il me semble nécessaire d’ouvrir des brèches dans le système et d’expérimenter d’autres choses, de s’ouvrir à la sérendipité : au sens stricte original, la conjonction du hasard heureux qui permet au chercheur de faire une découverte inattendue d’importance ou d’intérêts supérieurs à l’objet de sa recherche initiale, et de l’aptitude de ce même chercheur à saisir et à exploiter cette « chance ».
Il est enrichissant de rechercher des idées, outils et suggestions dans les cahiers de bord d’expériences du passé et du présent, d’ici et d’ailleurs ; rechercher des pratiques  et des théories desquelles s’inspirer pour agir dans son propre contexte avec ses spécificités.
Nous devons nous baser sur l’expérience du contexte, tel qu’il se présente et au sein duquel se croisent et s’entremêlent différentes entités, pour pouvoir agir collectivement de manière artisanale.
C’est artisanalement que nous pouvons ensemble fabriquer la ville, et en même temps faire communauté.
Un travail artisanal demande en premier lieu du temps et l’activation de savoir–faire ; il est réalisable à partir de ressources locales, de l’existant ; il admet et parfois valorise l’erreur, l’imprévu ; il donne vie à quelque chose d’unique.

La créativité participe de l’accroissement de la valeur de cette fabrication artisanale,  lui donnedu sens, la projette dans le futur.

Elle est pouvoir de création, d’invention. Être créatif permet aussi de mieux comprendre les choses, d’aller au-delà du connu, de l’apparent, de la norme, vers l’inconnu, le re-nouveau et la joie.

Chaque individu a en soi une impulsion créative qui lui est propre, unique et qui le reflète. En tant que pouvoir, la créativité devrait être un droit pour tout individu et le développement de celle-ci devrait être considéré comme vital, surtout pour les enfants.

Comme le disait Gianni Rodari, pédagogue, écrivain et journaliste italien des années 1970 « La créativité appartient à la nature humaine, elle est donc à la portée de tout le monde. Non pour que tous soient des artistes mais pour que personne ne soit esclave. » (Grammatica della fantasia: introduzione all’arte di inventare storie, Einaudi, 1973).

Cultiver la créativité assume alors une valeur sociale et politique.

Dans le cadre d’une démarche créative collective nous ferons, dans le même temps, l’expérience profonde du collectif. L’individu sort de lui-même et se sent faire partie d’une entité plus ample :  le groupe, la communauté. En créant ensemble, la communauté se projette vers l’idée d’une société meilleure, au sein de laquelle tous ses membres pourraient se sentir mieux.

L’enjeu d’une action transformatrice serait donc de permettre à l’individu, au sujet, d’intervenir de façon créative et artisanale sur l’environnement qui l’entoure, et de favoriser toute démarche collective en ce sens.

L’implication des enfants dans cette démarche, leur participation à cette fabrique artisanale de la ville en tant que membres d’une communauté, est d’autant plus importante, que leur regard est encore libre du conditionnement et d’intérêts économiques, il est physique, concret, imaginatif, désirante, ouvert au futur et à l’expérimentation.

Associer adultes et enfants à cette fabrication contribuerait aussi à poser les bases d’une véritable communauté éducative.

Eduquer (du latin ex ducere = conduir hors) signifie sortir, rendre visible ce qui est implicite en chaque individu, son potentiel, sa valeur, sa dignité. Eduquer est aussi un acte réciproque et la communauté y joue un rôle essentiel afin d’intégrer, consolider et développer les potentiels de tous ses membres. L’environnement est le terrain d’action et d’expérimentation de la communauté.

D’ici l’importance d’investir les espaces en tant que lieux de vie et terrains d’apprentissages. Le jeu dans l’espace public serait donc un des outils de médiation pour impliquer les enfants dans cette démarche de fabrication de la ville et par-delà même, de la communauté. Le jeu leur permet de faire l’expérience de la ville, et d’y agir de façon créative et collective. Le jeu est une expérience sensible, il est aventure, collaboration, imagination, dépassement mais surtout un outil qui permet de déconstruire la réalité, pour la reconstruire autrement, mille et une fois.

Sur les traces du pachyderme

Il y a quelques années j’ai atterri à Naples où j’ai eu la chance de faire des rencontres mythiques qui ont changé pour toujours ma vision du travail social et éducatif.

Un jour, dans un café du centre-ville, j’ai été fascinée par une affiche très belle, évoquant les aventures d’un certain Mammut (mammouth) : un centre territorial qui organisait un grand théâtre-jeu il Mito del Mammut  – le mythe du Mammouth dans le quartier de Scampia, situé dans la périphérie nord de Naples.

Cette affiche, joyeuse et intrigante, parlait de faire école, de faire la ville, de récupérer des espaces à l’abandon par l’expérimentation éducative. Malheureusement la date indiquée était déjà passée mais j’ai eu la curiosité d’aller voir de quoi il s’agissait.

la libération du "cardillo" (chardonneret élégant) photo by  www.orangotango.info - art participatif
la libération du "cardillo" (chardonneret élégant) photo by  www.orangotango.info - art participatif
la libération du “cardillo” (chardonneret élégant) photo by www.orangotango.info – art participatif

Je connaissais Scampia, comme tout le monde la connait, via l’écho de sa mauvaise renommée qui rebondit d’un article à l’autre, traverse les écrans du pays tout entier jusqu’à l’international. Grâce aussi à (ou plutôt à cause de) une série télévisée qui a construit son succès en caricaturant la complexité de la réalité.

Plus que Scampia, dans ma tête, existait Gomorrhe[1] et les Vele, les bâtiments en forme de voiles qui sont devenus le symbole de ce pays aux mauvaises mœurs.

C’est au pied de ces bâtiments si célèbres que j’ai rencontré il Mammut – le Mammouth !

C’était un jour comme les autres, pas d’événements particuliers à l’affiche. Pour rejoindre le centre territorial, il fallait traverser une énorme esplanade de béton, sans banc, ni zone d’ombre, une « place » pour les architectes qui l’ont imaginée.

Au fond de cette place, d’énormes colonnes blanches, une douzaine, disposées sur deux files, qui vues de loin font effectivement penser au pachyderme disparu.

Sous ces colonnes, les locaux du centre territorial ; sur son toit une sorte de terrasse accessible par la grande place via des longues marches ; sur le côté du local, un long jardinet décoratif.

En me promenant, j’ai effectivement vu des seringues par terre, des traces de sang, des acheteurs et des vendeurs qui trafiquaient à la lumière du jour. Mais j’ai été surtout émue de voir comment les enfants et les adolescents fréquentaient ce préau insolite, en l’absence d’adultes. Et aussi, par la quantité de traces joyeuses observables et visibles sur les murs, au sol et sur les colonnes.

Ce même jour, un éducateur du centre m’a accompagné faire un tour dans le quartier en me racontant l’histoire de ce projet éducatif, né, bien avant l’existence physique du centre territorial, dans les rues, les cours, les places du quartier et dans les campements Roms qui l’entourent.

Lors de cette balade insolite, j’ai retrouvé, de-ci de-là, les traces que le Mammut avait laissées, semées derrière lui. En se promenant dans les rues de Scampia, j’ai pu lire une très belle histoire de réappropriation, de libération, de transformation des espaces. J’ai participé à cette épopée durant deux ans de ma vie, en tant qu’éducatrice-chercheuse. Aujourd’hui je sème ailleurs, ce que j’y ai appris.

L’histoire d’un centre territorial qui fait de la recherche-action sa barre de navigation

LLe Centre Territorial Mammut est né d’un collectif d’éducateurs (au sens large du terme), constitué en 1996, autour de la construction d’une baraque-jeu avec les habitants d’un campement Rom, à Scampia. Il avait donné jour à l’association COM.P.A.RE (comitato per l’assegnazione e realizzazione di soluzioni abitative non ghetto per i Rom – comité pour l’assignation et la réalisation de solutions d’habitats et non de ghettos pour les Roms).

La question Rom et les conditions de la banlieue étaient les thèmes au cœur des réflexions et des actions du Compare qui se nourrissaient des apports et des expériences de la pédagogie non autoritaire des années 1970 (pour n’en citer que quelques-unes : Associazione Risveglio Napoli[2] , Mensa dei Bambini Proletari[3], Gridas[4] de Felice Pignataro).

En 2000, après cette expérience militante, le campement Rom a été démantelé par les institutions. Ses habitants Roms furent obligés de fuir et les membres du Compare s’en allèrent aussi de-ci de-là en Italie et dans le monde, participant à la création de nouveaux groupes et d’expériences, sans jamais perdre de vue, leur base commune.

Parmi les apprentissages qu’ils conservèrent de cette expérience: le besoin de structurer du mieux possible l’intervention éducative afin d’éviter d’être relégués au simple rôle de bouche-trou des institutions.

A la suite d’une grave crise municipale, de l’augmentation des épisodes de violences et du commencement d’une véritable guerre de clans, la Région décida d’investir plus de ressources et de fonds, notamment à Scampia.

A cette époque de nombreuses structures actives à Scampia s’étaient réunies au sein du Comitato Spazio Pubblico – Comité Espace Public. Elles donnèrent vie à de nombreuses initiatives communes, notamment Oplà Facciamoci Spazio – Hop là faisons de l’espace – à Scampiaet, plus tard, Oplà, riprendiamoci la città – Hop là réapproprions-nous la ville – dans toute la ville de Naples.

Ce fut ce comité qui choisit, non sans difficultés, l’association Compare afin d’être porteuse de cette nouvelle dynamique. Elle se donnait comme premier objectif la récupération d’espaces publics urbains à travers la pédagogie active et la participation sociale (participation réelle et non rhétorique).

L’association fut donc destinataire d’un financement important sur trois ans. Il lui permit de structurer un projet d’un centre territorial à Scampia bien innovant.

L’association décida de partir de la richesse de l’existant : devenir un service mais au sein d’une communauté à laquelle éducateurs et éduqués participeraient avec des rôles différents mais égaux.

Le Compare s’outilla de méthodes de recherches, notamment d’outils propres à la recherche-action.

Le mot qui décrit le mieux l’organisation que nous avons essayé de faire vivre est le mot “école”, parce que le seul moyen de s’approcher du travail social sans trop d’équivoque c’est de se faire chercheur, opérateur qui basent leur propre relation sur la réciprocité d’apprentissage et de soin, dans une recherche dans laquelle les thématiques personnelles et professionnelles sont irrémédiablement entrelacées. Une “école des ânes” dans laquelle les apprenants enfants et apprenants adultes se mêlent et choisissent un parcours de formation et matériel pour faire face aux questionnements imposés au fur et à mesure par la vie, et cela, en le faisant de manière coopérative. Faire communauté ce n’est pas la finalité de notre centre mais la condition indispensable pour y être.

Giovanni Zoppoli, coordinateur du Centre Territoriale à Scampia Mammut

De nombreux techniciens ont supervisé la navigation du Mammut. En premier lieu les sociologues en outillant méthodologiquement l’équipe d’éducateurs. Mais de nombreux pédagogues, anthropologues, philosophes, architectes, urbanistes, écrivains, artistes de toute la péninsule ont aussi soutenu le projet dès le début. Avec et grâce à la volonté de s’inspirer et de redonner vie aux théories du passé en les requestionnant au présent, dans le but sincère d’engendrer du changement.

C’est bel et bien cet élan transformateur qui a permis à la recherche du Mammut, une ouverture vers des structures très éloignées géographiquement, en s’enrichissant des apports et du regard de l’autre etde l’ailleurs.

Cette recherche, sans ligne d’arrivée, mais avec beaucoup d’étapes à franchir, a impliqué de nombreuses structures éducatives de toute la ville, la région, le pays : des écoles, des associations, des centres de santé mentale, des prisons, des écoles de langues pour les étrangers et beaucoup d’autres. Au cœur des villes ou dans des petits villages ou même des îles.

Cette navigation s’est aussi dotée de cahiers de bord transversaux, comme les journaux de recherches et d’enquêtes pédagogiques Il Barrito del Mammut et son petit frère Il Barrito dei Piccoli, rédigé par et pour les enfants. Des ouvrages collectifs ont été édité au fur et à mesure de l’aventure.

L’utopie à l’horizon et les espaces publics comme terrain d’action et d’expérimentation :

Comme je l’ai dit précédemment, l’une des questions de recherche centrale pour les structures éducatives impliquées, était la possibilité de récupérer des espaces abandonnés à travers la pédagogie active et la participation. La recherche-action du Mammut visait donc à tester sur différents territoires une méthode pédagogique, la méthode Mammut (le mot méthode est utilisé non sans ironie), élaborée par les éducateurs impliqués depuis le début, notamment, à travers un travail d’écriture collective.

Loin d’être figé et « labellisable », elle devait suggérer certains outils et méthodes pour déclencher des expérimentations artisanales et conduire à de la coopération.
Elle a été élaborée à partir d’un parcours de recherche et d’autoformation autour des principales pédagogies alternatives, élaborées surtout autour des années 1970. Mais aussi à travers un travail de recherche et de mise en lien de bonnes pratiques du présent, éparpillées un peu partout comme étincelles d’un même feu. Comme par exemple, la Città Bambina[5]  en Toscane ou la parade Par Tot[6] de Bologne, mais aussi des expériences bien plus proches comme le Carnaval Social du Gridas (Gruppo risveglio dal sonno – groupement du réveil du sommeil) du fameux muraliste Felice Pignataro (4), habitant et militant dans le même quartier de Scampia.
Ce dernier portait l’utopie dans les rues à travers ses peintures murales, réalisés avec les enfants et les jeunes du quartier, et à travers l’institution d’un carnaval social, prétexte fort pour se permettre de renverser la réalité et de l’imaginer autrement ensemble, dans le cadre d’ateliers de préparation (constructions de chars, de masques, musique, etc.). Cette société utopique défilait un seul et même jour dans les rues du quartier. Mais son cortège représentait l’engagement quotidien des uns et des autres vers sa réalisation.

Photo Scampia 1997 la parade des masques- Massimo Velo
Photo Mugnano 1993 – la porte de l’école

Une carte du monde ne faisant pas mention du royaume d’Utopie ne mérite même pas un coup d’œil, car elle laisse à l’écart le seul pays où l’humanité finit toujours par aborder. Et quand elle y aborde, elle regarde à la ronde, et, découvrant un pays meilleur, elle cargue ses voiles.

Oscar Wilde

L’utopie de laquelle nous parlons ici,  est une utopie pragmatique. Elle s’inspire des idées élaborées par Paul Goodman, qui trouve sa puissance dans cet oxymore en associant utopie et réalité: un projet de transformation du monde et de nous-mêmes, dans la perspective, à long terme, d’une action directe, immédiate, imparfaite, quotidienne.

Cette tension vers l’utopie est aussi l’un des éléments fondateurs de l’action du Mammut ; l’utopie est donc l’horizon nécessaire pour agir concrètement dans la réalité et l’espace public. Elle a été individuée comme le terrain d’action et d’expérimentation, l’élément fédérateur de cette vision d’école nouvelle, de communauté coopérante. Dans cet objectif de libération de l’espace public, lever le regard vers l’horizon, c’est aussi ce qui peut permettre de sortir de la  problématicité du ici et maintenant et d’éviter de confondre d’autres dynamiques (privatisation, dépendance aux promoteurs de la démarche, etc.) comme étant une réelle libération.

Comme le rappelle Giovanni Zoppoli dans un article intitulé justement « les ressorts de l’utopie » (Il Barrito n°4) « repenser un espace public et le rendre pour de vrai un espace vivant  est une tâche qui ne peut pas être déléguée entièrement aux institutions, ni aux techniciens. Pour le projeter « vif » et le maintenir « vif » il faut ceux qui le vivent. »

Le centre territorial a fait de cette idée un pivot pour ses actions avec les enfants, les adolescents et leurs familles tout en investissant ses énergies dans la formation d’enseignants et d’éducateurs. Cela, afin de partager et d’enrichir leurs visions et, afin de créer de nouveaux cadres de coopérations (actions communes, recherche et écriture collective). La recherche-action participative devient élément fédérateur et donne pouvoir et légitimité à l’action.

À Scampia, après 13 ans d’existence du centre territoriale et de nombreuses années de coopérations éducatives entre les différents composants du quartier, nous sommes en mesure d’affirmer que la présence est la meilleure des solutions contre la dégradation des espaces et de leurs usages. Bien plus puissante que tout portail, tout gardien, toute caméra de vidéosurveillance.

C’est surtout en étant présent dans les espaces que nous sommes en mesure de découvrir leur potentiel, de leur donner une nouvelle vie à partir de l’existant.

Les activités avec les enfants et les adolescents du Mammut se déroulaient dans l’espace public, les rues et les places adjacentes aux locaux.

Le siège, le dedans, devenait alors un espace de réélaboration de l’expérience, le lieu de la réflexion intime et collective, le coffre dans lequel déposer et partager les découvertes des uns et des autres, l’atelier dans lequel garder les outils et les matières, la tanière.

L’extérieur : le terrain de jeu et le lieu de vie privilégié. Toujours là, même au-delà des horaires d’ouvertures et de fermetures. Au-delà aussi de la présence des éducateurs qui assument plutôt un rôle d’accompagnateurs d’ouverture de chemins, de solliciteurs, de constructeurs de ponts. C’est grâce à cette approche, par exemple, qu’une esplanade de béton peut transformer au fur et à mesure, ses carreaux et ses marches en des jeux de mille sortes. Ses colonnes en un parcours pour vélos, ou un jeu de l’oie. Son préau en un lieu pour s’entraîner à danser le breakdance ou jouer des percussions. Son jardinet abandonné en un jardin cultivé. Tous ces usages évoluant dans le temps, se perdant ou s’affirmant de plus en plus.

NAPOLI, 27/12/2014 – Scampia, quartiere Secondigliano, centro Mammuth.
FOTO DI GIANNI FIORITO
NAPOLI, 27/12/2014 – Scampia, quartiere Secondigliano, centro Mammuth.
FOTO DI GIANNI FIORITO

Le jeu structuré ou libre, permet, en tant qu’acte créateur, de faire une expérience subjective d’une dimension objective. Il devient alors l’outil de médiation privilégié pour faire l’expérience de l’espace public, se l’approprier et se sentir, enfin, légitimes d’agir dans celui-ci, responsables de son état et de son soin.
La manualité est donc l’outil pour donner forme et matière aux intuitions qui dérivent de cette expérience ; « l’organe médiateur entre l’homme et le monde des astres, paraît-il, est la main… »  Comme dit Ernst Bernhard, cité par Riccardo Dalisi dans son livre Creare con le mani – Diritto alla creatività[7].

Créer ensemble, dans une complémentarité de créativités individuelles, permet de donner forme à une communauté ; permet à l’individu de se transcender et d’adopter une vision plus ample et créatrice d’innovation.

C’est sur ces vagues que navigue le travail éducatif et transformateur du Mammut qui, dans sa soute, transporte toutes sortes d’outils au service de l’exercice de cette créativité.

La difficile histoire de l’Ottavo Palazzo

NAPOLI, 30/10/2008 – Scampia, quartiere Secondigliano, centro Mammuth progetto dell’ottavo palazzo.
FOTO DI GIANNI FIORITO

Dans ses années de vie le Mammut a contribué à faire vivre l’espace, à travers un travail de construction et de déconstruction continues. Nombreuses ont été les tentatives d’impliquer les institutions dans cette démarche créative de transformation participative. Mais le sécuritarisme en vigueur ainsi que le poids bureaucratique et les différents intérêts politiques ont toujours été des freins à la prise en compte des propositions des habitants.

Les interventions matérielles, sur la durée, comme la construction de jeux et d’ameublements urbains, sont restés donc à la lisière entre la légalité et l’illégalité.

L’Ottavo Palazzo en est un exemple : une maisonnette-jeu en fer conçue et construite en 2008 aux pieds d’un immeuble à travers des chantiers avec les habitants du quartier.

A l’époque l’équipe du Mammut travaillait de manière itinérante, en proposant ses actions aux pieds des immeubles, dans différents lieux du quartier.

Les éducateurs avaient construit de très bonnes relations avec certaines familles d’un ensemble de bâtiments formant un bloc, les « Sette Palazzi » (sept bâtiments). Lors d’un atelier avec un marionnettiste napolitain, Salvatore Gatto, l’idée de construire une maisonnette-jeu avec les enfants avait été évoquée. Précisément sur un terrain de verdure dont s’occupait déjà régulièrement une famille du quartier, le rendant, de fait, un possible espace de jeu pour les enfants.

Passionnés de l’histoire des terrains d’aventure et des parcs Robinson, ils décidèrent de se lancer dans cette aventure : habitants, éducateurs, urbanistes imaginèrent ensemble l’Ottavo Palazzo.

Les éducateurs se firent accompagner par Federica Palestino et Gilda Berruti, professeures d’architecture et d’urbanisme à l’Université de Naples Federico II, qui outillèrent l’équipe pédagogique du Mammut sur les processus et les méthodes propres à l’architecture participative et qui suivirent l’aventure en y apportant idées, outils et ressources humaines. Les ateliers de conception et de construction durèrent plus d’un an et impliquèrent les enfants, ainsi que les adultes du quartier : de nombreux parents y apportèrent leurs compétences en menuiserie et soudage.

NAPOLI, 30/10/2008 – Scampia, quartiere Secondigliano, centro Mammuth progetto dell’ottavo palazzo.
FOTO DI GIANNI FIORITO

À côté de la maisonnette-jeu, construite sur deux étages, fut construite une grande table-jeu en bois avec ses bancs, sur lesquels étaient posés des carreaux de céramique formant les cases d’un jeu de l’oie.

Ils avaient été réalisés avec la collaboration d’un centre de santé mentale qui était juste à côté et qui avait un atelier de céramique.

Le projet avait été le prétexte pour activer les nombreux savoir-faire des habitants et les ressources du territoire. Le jeu, ainsi que la manualité, ont été choisis comme outils pour impliquer les enfants et prendre en compte leurs idées.

Le rôle des éducateurs, a été surtout un travail d’activation et d’accompagnement du processus ainsi que d’orchestration des différentes compétences

Même si les institutions du moment soutenaient informellement la démarche, L’Ottavo Palazzo n’est jamais parvenu à gagner sa légitimité d’exister en tant qu’aire de jeu vis-à-vis d’elles. Et les nombreux freins à cette prise en charge des institutions (qui aurait au moins impliqué son entretien élémentaire et fondamentale) ont obligé le Mammut à désinvestir ce lieu et à déplacer ses actions d’animation dans les espaces adjacents au centre territorial qui venaient de leur être attribués.

L’Ottavo Palazzo, finalement classé par les institutions en tant qu’œuvre artistique, a continué d’être entretenu par certaines familles du quartier et par le Mammut qui y revenait ponctuellement. Mais sans l’engagement de la mairie, cet entretien est devenu de plus en plus difficile. Durant un temps, la maisonnette-jeu est devenue l’annexe d’une cabane illicite et a été en quelque sorte privatisée. En 2017, aprèsavoir été le lieu de nombreux autres scénarios la décision de la détruire a été prise. C’est un des habitants qui s’était le plus impliqué dans sa construction qui l’a fait.

Cette relation difficile avec les institutions et la difficulté de rendre légitimes des interventions dans l’espace public se sont avérées dans beaucoup d’autres épisodes. C’est un des aspects que l’on retrouve régulièrement dans les cahiers de bord d’autres éducateurs du Nord au Sud du pays.

Mais si la légitimation et la valorisation institutionnelle n’arrivent pas, ou arrivent sous forme de récupération, le point sur lequel le Mammut et d’autres ont décidé d’insister est le changement de perception des espaces de la part de ceux qui les vivent. Dans cet objectif, l’imaginaire a été élu en tant que meilleur allié de la présence. Le Mito del Mammut est la formule élaborée pour favoriser cette prise en charge de l’espace public de la part de la collectivité.

Le Mito del Mammut et la puissance de l’imaginaire collectif

Photo Nicola della Volpe -Mito

Le Mito (mythe en français) est un concours ludique qui part de Scampia mais qui s’ouvre aussi à d’autres quartiers de Naples, et à d’autres territoires dans toute la péninsule.

Il a été structuré avec l’appui et la participation de la faculté d’urbanisme et d’architecture de l’Université de Naples, également représentée au sein du jury du concours.

C’est grâce à ce jeu-concours que de nombreuses structures éducatives italiennes se sont associées à la recherche du Mammut et à l’envie d’expérimenter l’idée du « comment faire école, faire communauté, faire ville » d’une manière coopérative et active.

La dimension ludique était donc un prétexte pour faire une recherche-action en associant à celle-ci toutes les personnes impliquées, enfants en premier lieu. L’équipe organisatrice du jeu-concours, choisissait en début d’année une thématique comme fil conducteur et liant.

Après une recherche autour du rôle des mythes et des contes populaires en pédagogie, il a été décidé de construire la structure narrative du jeu-concours autour d’un mythe (diffèrent chaque année) pour leur puissance symbolique.

Le rôle des organisateurs était donc d’élaborer et divulguer un appel à participation, de partager le règlement du jeu, de clarifier son fonctionnement et son calendrier, d’encourager la recherche, la coopération et les échanges parmi les participants. Le Mammut accompagnait chaque participant via l’envoi ponctuel d’indices accompagnés de matériels et de supports visant à encourager un travail sur la thématique choisie, de la façon la plus interdisciplinaire et multi-référentielle possible. Ils proposaient aussi des formations-actions à l’attention des éducateurs adhérents à l’initiative et de leurs groupes, ainsi que des moments d’échanges et de co-formations ponctuels.

Le but du jeu était de se servir de la thématique lancée (le son, l’aventure, la création, etc.) pour transformer un espace à l’abandon en le faisant devenir en même temps un cadre d’apprentissage. Parmi les espaces choisis dans les années d’existence du Mito – mythe, il y a eu des jardinets, des cours d’école, des escaliers, des murs, des placettes, des pinèdes, etc.

Chaque structure recevait les indices –déclencheurs du processus de recherche et d’action- auxquelles elles devaient répondre en produisant un contenu partagé au sein dujournal Barrito, sorte de cahier de bord collectif et prétexte pour des correspondances entre adultes et entre enfants.

À la fin du parcours (une année scolaire) tous les groupes étaient invités à Scampia, sur la place gigantesque devant le centre territorial Mammut pour se défier dans un grand jeu-théâtre. Plus de 300 enfants provenant des 4 coins de Naples et parfois de plus loin se retrouvaient à jouer ensemble au cœur de cette fameuse Gomorrhe !

La place change de visage

Cette étape finale prenait la forme d’une chasse au trésor ; le scénario était le mythe et des acteurs (le plus souvent des adolescents qui fréquentaient le centre territorial ou des adultes volontaires en lien avec celui-ci) mettaient en scène les personnages et les situations du conte.

Des éléments créés par les différents groupes de participants tout au long de l’année trouvaient leur place dans cette représentation. Les enfants participants devenaient au fur et à mesure partie prenante de cette théâtralisation.

Les équipes, en parallèle à la résolution d’énigmes de toutes sortes, se défiaient entre elles en plusieurs jeux de compétition. Chaque étape était rythmée par la musique de groupes de musique accompagnant les équipes. Le point culminant de la journée était une grande bataille ludique qui impliquait tous les participants au même moment dans une explosion de couleurs, sons, effets spéciaux. Le tout maîtrisé au maximum par l’équipe organisatrice. 

La compétition, présente dans la structure même du concours et le jour du grand jeu, sur la place de Scampia, servait comme outil pour motiver et réunir autour d’un même objectif des personnes autrement très éloignées et, étant bien gérée, devenait elle-même un moyen de coopération.

À la fin de la journée un jury composé d’urbanistes, d’architectes, d’enseignants, d’éducateurs assignait les prix aux groupes participants sur la base de différents critères : qualité de la transformation de l’espace choisi, capacité à activer la coopération, qualité des productions et des approfondissements thématiques.

Le Mito, lancé en 2008, même s’il a évolué en expérimentant d’autres formats et en trouvant d’autres noms, existe encore et implique des centaines de personnes de toute l’Italie.

L’existence du Mammut à Scampia a contribué à la consolidation d’une véritable communauté, composé d’habitants, d’éducateurs, d’enseignants. Nombreuses sont les initiatives qu’il a déclenchées et les transformations qu’il a accompagnées au fil des ans.

Depuis quelques années le Mammut s’est doté de roues et d’un moteur. Avec son Mammutbus, il traverse les quartiers des villes et des villages en faisant de son camping-car un lieu itinérant de recherches et d’expérimentations pédagogiques.

Le Mammutbus débarque avec ses outils et sa méthodologie, et transforme les lieux en espaces de jeux et de création avec les personnes qui y sont.

Quelques jeux traditionnels en bois, des livres, des couleurs, des outils d’imprimerie artisanale, du bois, des scies, des marteaux, des objets simples qui peuvent servir à faire de la magie ou des explorations scientifiques, des instruments de musique et …l’existant, le lieu en soi, se vit sous un autre angle et libère le potentiel créatif du jeu.

Les aventures du grand pachyderme continuent et il lutte, à dents serrés, pour ne pas s’éteindre,  en succombant à la récupération, à la précarité économique, à la fatigue de traîner son grand corps, dans le tout petit espace qu’il a réussi à se faire au sein du système. Mais comme le dit un fameux proverbe napolitain« Dicette ‘o pappice vicino ‘a noce, damme ‘o tiempo ca te spertose » ( « La larve dit à la noix : donne-moi le temps et je te percerai »)

Ce proverbe souligne un aspect primordial, à mon avis, dans un projet qui vise à une transformation profonde et réelle des choses (dans notre cas, des espaces urbains et des usages qui les rendent vivants):  le facteur temps.

J’ai vu de nombreuses actions portées par des professionnels (architectes, urbanistes, artistes et designers), souvent supportées par de consistants budgets publics et/ou privés, faire un véritable trou dans l’eau.

En revanche, j’ai vécu moi aussi, dans mes expériences, de nombreux échecs ( l’ottavo palazzo en est sûrement un exemple), mais j’ai appris que l’erreur est une partie vitale et intégrante du processus de fabrication collective.

Dans ce cadre, on avance par tâtonnement, on se donne la possibilité d’échouer, de se perdre jusqu’au moment où on trouve le bon chemin, ou alors le besoin de revenir sur ses pas.

Comme dans un voyage,  ce n’est pas la destination qui compte mais toujours le chemin parcouru, et surtout les détours réalisés.

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En ayant clairement cela en tête, il faudrait donc éviter de se faire séduire par la tentation de viser à un résultat esthétiquement beau mais dépourvu de la richesse de la complexité vécue pour l’atteindre.

Références

  • [1]          Gomorrhe. Dans l’empire de la camorra estun livre publié en 2006 par Roberto Saviano, écrivain et journaliste. Gomorra est aussi le nom d’un film réalisé par Matteo Garrone en 2008, tiré de l’oeuvre de R.Saviano et d’une série télévisée, créée et produite par le même auteur du livre.
  • [2] L’expérience pédagogique et de développement communautaire de l’ARN (Associazione Risveglio Napoli) dans les années 1960, est raconté en première personne par l’écrivaine Fabrizia Raimondino (1936-2008), dans son livre l’isola de Bambini E/O
  • [3] la Mensa dei bambini proletari a été une expérience éducative développée par Lotta Continua entre 1972 et 1980 dans le quartier populaire de l’Avvocata, à Naples.
  • [4] Felice Pignataro (1940-2004) fut l’un des plus prolifiques peintres de fresques murales au monde. Il en réalisa plus de 200, dans la périphérie napolitaine mais aussi un peu partout en Italie. Il a créé en 1981, avec d’autres habitants de Scampia le GRIDAS. Un laboratoire culturel référence incontestable pour tous ceux qui, à Naples, oeuvrent pour une banlieue à dimension humaine. Pour approfondir l’histoire et la biographie de Felice Pignataro et du GRIDAS (Gruppo Risveglio Dal Sonno), il est possible de visiter le site internet: felicepignataro.org ou visionner le film Felice!, réalisé en 2006 par Matteo Antonelli et Désirée Klain.
  • [5] La Città Bambina est une association de Toscane qui a comme objectif la valorisation du regard des enfants dans la transformation des espaces de vie, en tant que regard projectuel, orienté vers le bien être mais libre des intérêts économiques. Un regard corporel concret, imaginatif, rêveur et ouvert au futur et à l’expérimentation. Pour plus d’information lacittabambina.wordpress.com
  • [6] La Parade Pat Tòt (pour tous en dialecte bolognais) implique la ville de Bologne en une explosion de musique, couleurs, chars, masques et autres. Elle est coorganisée par des groupes informels, artistes, associations, musiciens, écoles. Multiculturelle, intergénérationnelle et écologique, elle vise à revitaliser les espaces de la Ville, les redéfinir, les transformer.
  • [7] Riccardo Dalisi a toujours été en lien avec le Il était, entre autres, professeur à la Faculté d’architecture de l’Università degli Studi Federico II de Naples. Il s’est toujours intéressé aux valeurs politiques de la créativité en développant l’idée d’une architecture d’animation, racontée dans un livre qui a ce même titre et qui explique son expérience avec les enfants du Rione Traiano dans les années 1970. Il a participé aussi aux activités de la Global Tools à Florence, système d’ateliers pour le développement de la créativité individuelle. La Global Tools développe un travail autour des technologies simples comme outil pour développer la créativité individuelle et la maîtrise de l’espace de la part de l’individu.

Bibliographie

  • ouvrage collectif, Come partorire un mammut (e non rimanere schiacciati sotto) – Antologia di pratiche, modi, strumenti, visioni e intuizioni dell’intervento pedagogico , Ed. Marotta&Cafiero, 2011, Napoli
  • ouvrage collectif, l’Utopia per le strade, Ed.Gridas, 1998, Napoli
  • Riccardo Dalisi, Architettura d’animazione, Ed. Arte Tipografica, 2000, Napoli
  • Riccardo Dalisi, Creare con le mani – Diritto alla creatività, Ed. Franco Angeli, 2006, Ciampino
  • Fare e pensare per utopie. Appunti su Paul Goodman, article de Giacomo Borrella dans la revue Il Barrito del Mammut – IV, 2010
  • Le molle dell’Utopia, article de Giovanni Zoppoli dans la revue Il Barrito del Mammut – IV, 2010
  • Una serissima anarchia. In ricordo di Colin Ward article de Luigi Monti dans la revue Il Barrito del Mammut – V, 2010
  • Luoghi in trasformazione. Il Mito atto III  article de Claudia Mollo dans la revue Il Barrito del Mammut – IIX/IX
  • Federica Palestino, Gilda Berruti, L’Ottavo Palazzo . Il rione Sette Palazzi a Scampia, inchiesta sul territorio e storie di quartiere –  I Quaderni del Mammut
  • Discorso sul metodo. dell’Utopia e della sua realizzabilità – Giovanni Zoppoli, Luigi Monti – I Quaderni del Mammut
Par Francesca Riva
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